L’appareillage Curie à Mons #3
Au MUMONS, nous avons pour mission de vous donner des clés pour comprendre le monde.
Chaque jour, nous cherchons comment l’incarner. En balade ou en podcast, en décryptant le ciel ou en explorant les fonds marins. Dans un auditoire ou sur YouTube, en invitant des scientifiques à la pointe de leur domaine, en échangeant avec vous. La recherche, nos collections, l’actualité… les sujets ne manquent pas.
Et puis, il y a nos Grandes expériences – déjà reconstituées par le MUMONS – qui ont marqué l’histoire des sciences et transformé notre compréhension du monde. La mise en évidence de la rotation de la Terre avec le Pendule de Foucault, la mesure de la vitesse de la lumière avec l’Expérience de Fizeau, ou encore la mesure du temps et des astres avec l’astrolabe. Reproduire ces expériences ne consiste pas seulement à rendre hommage au passé. C’est un moyen concret de comprendre comment la science s’est construite, de s’approcher des contraintes auxquelles les chercheurs étaient autrefois confrontés et de saisir la portée réelle de leurs résultats …
Désormais, l’Appareillage Curie fait partie de ces clés.
Les deux premiers chapitres de cette histoire sont déjà disponibles : une rencontre à Paris dans « Aux portes des Curie », puis la découverte d’un patrimoine scientifique exceptionnel dans « L’expertise des Beaudouin ».
Il est temps de vous raconter l’achèvement de cette aventure : l’arrivée de l’Appareillage Curie à Mons — un moment historique pour le MUMONS.
On récapitule !
(Pour celles et ceux qui suivent depuis le début, vous pouvez passer au paragraphe suivant.)
• Tout commence par une idée un peu folle : faire revivre l’expérience des Curie au MUMONS, pour la partager avec le public.
• Pour y arriver, il faut réunir les trois éléments qui composent l’appareillage. Premier pas : un électromètre à quadrants est retrouvé dans nos collections… et remis en état.
• Mais très vite, les choses se compliquent. Nicolas Demasy lance alors une bouteille à la mer au sein de l’association Curie et Joliot-Curie. Tous le dirigent vers Bernard Pigelet, qui accepte de l’accompagner dans cette reconstitution…
• En parallèle, Jean Minez – l’artisan derrière le pendule du MUMONS – se lance dans la fabrication d’une chambre d’ionisation, le deuxième composant de l’appareillage.
• Coup de théâtre : alors que l’équipe cherche encore des solutions, Denis Beaudouin — proche de Bernard — disparait, laissant derrière lui un appareillage Curie complet.
• Bernard et la famille Beaudouin propose alors au MUMONS d’acquérir cet ensemble historique.
• Autant dire que la réponse ne se fait pas attendre…d’autant qu’à ce moment-là, on se demandait si Bernard allait accepter de se lancer dans la reproduction d’une nouvelle balance à quartz piézoélectrique, le troisième élément de l’appareillage qui nous manquait alors.
Électromètre à quadrant remis à neuf par Nicolas Demasy
Chambre d’ionisation dans l’atelier de Jean
Dans les coulisses…
À la suite de la décision des héritiers Beaudouin d’accepter que le MUMONS acquiert l’appareillage, Bernard Pigelet prend le relais. Il rassemble les instruments, les restaure et y ajoute quelques pièces qu’il a lui-même collectées au fil des années — dont certaines remontent à l’époque de Pierre et Marie Curie.
De son côté, Jean Minez finalise la chambre d’ionisation commandée par Nicolas. Celle de l’appareillage de Denis Beaudouin fonctionne parfaitement, mais elle n’est pas identique à celle utilisée par les Curie. Datant des années 1920, elle intègre déjà les améliorations techniques issues de l’évolution de la pratique expérimentale.
Or, l’objectif du MUMONS est ailleurs : retrouver l’expérience telle qu’elle était réalisée à l’époque des Curie. Notre chambre d’ionisation devait ressembler à celle utilisée dans les premiers travaux sur la radioactivité. Une version plus simple ; reconnaissable notamment à ses deux plateaux caractéristiques visibles sur les photos d’époque.
Appareillage Curie de Bernard Pigelet à côté de celui du MUMONS
Intérieur de la chambre d’ionisation avec ses deux plateaux
Le patrimoine Beaudouin rejoint le MUMONS
En septembre 2025, ça y est : tout arrive à Mons. L’émotion est palpable au MUMONS. Sous nos yeux ébahis, Bernard reconstitue l’appareillage Curie dans les locaux de la rue de Houdain, là où a déménagé lelaboratoire de physique nucléaire.
Le moment a quelque chose d’irréel. Assembler un appareillage historique dans un espace rempli d’instruments de travaux pratiques, plus récents… c’est un peu comme restaurer la Joconde dans un atelier de peinture déco. Mais en version scientifique.
Entrez dans les coulisses de ce moment et profitez des explications de Nicolas et Francesco pendant le montage :
Électromètre à quadrant
Partie supérieure de la balance de quartz
Chambre d’ionisation
Partie inférieure de la balance de quartz
L’aventure continue
Quelques mois après l’arrivée de cette pièce d’exception au MUMONS, nous sommes contactés par le professeur André Pierre Legrand, souhaitant nous rencontrer pour échanger autour de l’appareillage Curie et partager son expérience.
Petit pic d’adrénaline pour l’équipe : le professeur de l’ESPCI Paris n’est pas un interlocuteur ordinaire. Formé par le physicien Pierre Biquard, lui-même élève de Paul Langevin et proche de Frédéric Joliot-Curie, André Pierre Legrand s’inscrit dans une filiation scientifique directement liée à l’histoire que nous cherchons à faire revivre. Au cours de nos échanges, il évoque l’époque où l’appareillage Curie était enseigné aux étudiants en physique.
La nuit est bien installée… Nicolas aussi.
Cette rencontre met en lumière le chemin singulier de cette expérience : née dans les laboratoires de recherche, transmise ensuite dans l’enseignement, puis progressivement reléguée au statut d’objet de musée. Et si on inversait cette trajectoire ? L’appareillage Curie du MUMONS n’est pas destiné à rester derrière une vitrine. Il a vocation à retrouver sa place dans le laboratoire de physique nucléaire, à redevenir un outil d’apprentissage pour les étudiants, et à nourrir de nouveaux travaux de recherche, à commencer par une thèse en cours de préparation…
Un trésor à découvrir
Actuellement, le MUMONS détient l’un des huit appareillages Curie encore fonctionnels dans le monde. Huit. Dans le monde entier. C’est moins que le nombre de personnes ayant posé le pied sur le sol lunaire. Et peu d’entre eux sont accessibles au public. Mesurez votre chance !
Au-delà de sa rareté, cet ensemble permet de comprendre comment les scientifiques ont, pour la première fois, réussi à mesurer des rayons invisibles.
De Paris à Mons, cette aventure rappelle qu’une grande expérience scientifique ne se résume jamais à un instrument ou à une découverte isolée. Reproduire l’appareillage des Curie, c’est aussi entrer dans la démarche et les contraintes des savants d’une autre époque, retrouver leurs gestes, leurs tâtonnements et leur ingéniosité. C’est également une aventure humaine, faite de transmissions, de rencontres et de collaborations, sans lesquelles cette reconstitution n’aurait tout simplement pas été possible.
La suite s’écrit désormais au MUMONS : vous aurez bientôt l’occasion de découvrir cet appareillage dans nos évènements !
Aux portes des Curie
Aux portes des Curie, le premier épisode de cette aventure : découvrez comment une rencontre avec Hélène Langevin-Joliot a lancé l’aventure de l’appareillage Curie au MUMONS.
L'expertise des Beaudouin
Découvrez la suite de l’histoire : comment l’expertise de la famille Beaudouin a permis au MUMONS de reconstituer un appareillage Curie unique et de préserver un patrimoine scientifique rare.

