Les Montoises à toutes les échelles #partie3

À l’échelle du musée

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons sillonné les rues de Mons, nous sommes entrés au cœur de l’Université et nous voici désormais devant les portes du MUMONS, au 24 place du Parc !

Et si pour la première fois, nous osions entrouvrir ces portes pour livrer quelques secrets ?

Certains le savent peut-être déjà, ce lieu possède une riche histoire. C’était d’abord un monastère, dont la chapelle héberge aujourd’hui le MUMONS. Ensuite, les lieux servaient de prison avant d’abriter jusqu’en 2006 les Archives de l’État de Mons. Actuellement, l’équipe du MUMONS est à l’œuvre et se prépare à dévoiler le nouveau visage de l’ancien monastère des Filles de la Visitation.

“Entrez, c’est ouvert !”

C’est ce que nous déclamerons bientôt haut et fort, comme des troubadours, dans les rues de Mons !

Mais, il s’agit avant tout du nom de notre exposition inaugurale qui ouvrira ses portes à partir du 22 octobre 2021. Elle retracera l’histoire de ce lieu unique et marquera le début d’une longue aventure.

En attendant, et pour terminer notre promenade 100% féminine, découvrons en avant-première une mise en lumière des Filles de la Visitation, ces femmes religieuses soumises à une clôture stricte, qui se sont installées dans ce monastère en 1650.

Prendre le voile, acte féministe ?

À cette époque, l’engagement monastique et le mariage sont les seuls modes d’existence possibles pour les femmes. Se retirer au couvent, c’est se garantir une retraite paisible tournée vers Dieu. La clôture assure un espace où vivre en autonomie, à l’abri des pressions extérieures. Pourtant, les sœurs demeurent dans l’ombre des autorités masculines. 

Bien qu’elles adoptent des responsabilités ordinairement attribuées à la gent masculine (bâtisseur, architecte, manœuvre, etc.), elles ne peuvent se passer de la présence des hommes, seuls habilités à conférer les sacrements. François de Sales, le fondateur de l’Ordre de la Visitation, tente vainement de déroger à la clôture stricte en autorisant les Visitandines à aller et venir dans le monde afin de porter assistance aux malades. L’érection de l’enceinte traduit le principe de la « clôture stricte ».

Injuste ? Pas tellement.

En rejoignant le couvent, les femmes s’affranchissent aussi de l’autorité patriarcale et maritale. Malgré cette ambivalence, les jeunes filles prenant le voile sont toujours plus nombreuses.  

Des femmes architectes  

Dans ce monde féminin, faire venir un homme laïc dans le couvent pourrait sembler une hérésie. Mais mener un chantier de construction sans la présence masculine peut vite s’avérer complexe. Des recommandations sont faites aux religieuses pour concilier chantier et clôture monastique.

Le théoricien Jean-Baptiste Thiers précise que les architectes et artisans doivent être « des gens d’un âge avancé, de probité, de bonne vie et de bonnes mœurs, et qui ne soient ni suspects, ni mal notés, afin que l’honneur des religieuses et la bonne odeur de Jésus-Christ qu’elles doivent répandre partout ne reçoivent aucune atteinte ».  

Recommandations superflues pour les sœurs, qui se révèlent être de véritables maîtresses d’ouvrage. Toutes mettent la main à la pâte ! Avant de rejoindre la communauté, certaines ont reçu une éducation artistique. Et les moins formées effectuent les tâches manouvrières.  

C.-J. de Bettignies, Élévation du sanctuaire de l’église du couvent des Filles de la Visitation à Mons, vers 1723. Dessin (Archives de l’État de Mons).  

Ce dessin de la main de Bettignies démontre l’implication des sœurs. La supérieure Jeanne Marguerite de Loiseleur y a apposé sa signature. A-t-elle contribué à l’édification du couvent ? A-t-elle aidé de Bettignies à réaliser les plans ? Quoi qu’il en soit, les Visitandines ont toujours eu leur mot à dire dans la construction de leurs bâtiments.