L’histoire de l’ostensoir

C’est quoi d’abord un ostensoir ?

Vous savez, c’est cet objet que l’on retrouve bien souvent sur l’autel des églises pour mettre en valeur l’hostie et qui permet à l’officiant de la présenter aux fidèles pendant la messe. C’est donc une pièce liturgique précieuse et unique, réalisée par un artisan orfèvre.

Quel rapport avec le musée ?

Une petite séance de rattrapage s’impose pour celles et ceux qui ne sont pas encore venus visiter le musée. Il y a bien longtemps, au XVIIe siècle, un groupe de religieuses, venu tout droit de Paris, s’installa dans le monastère et la chapelle construits à cette époque (1650) à Mons, sur la place du Parc (ancienne place Saint-Jean), précisément là où se trouve le musée actuellement.

Mais, qui étaient donc ces religieuses  ? 

On les appelait « Visitandines », tirant leur nom de l’ordre de la Visitation, fondé au début du XVIIe siècle par François de Sales et Jeanne de Chantal. 

C’est déjà plus clair comme ça… mais attendez la suite !

L’ostensoir qui trône en ce moment même ostensiblement dans une vitrine, au rez-de-chaussée du musée, lui-même installé dans l’ancienne chapelle de nos religieuses, n’est pas n’importe quel ostensoir, puisqu’il appartenait aux Visitandines, justement !   

 

Et pourquoi en faire toute une histoire ?

C’est là que les choses deviennent intéressantes car après la Révolution française, les religieuses furent contraintes de quitter le couvent et leurs biens furent dispersés. Leur ostensoir se retrouva alors au Trésor de la Cathédrale de Tournai. Bien à l’abri des bandits, certes, mais loin de ses origines. Et le retrouver aura été une histoire… de hasard !

À l’époque (pas si lointaine que ça… en 2018), notre historienne de l’art, Aline, entame au Centre des Archives de l’État à Mons des recherches sur l’histoire des sœurs Visitandines et leur vie dans le monastère montois. Dans les méandres du sous-sol poussiéreux du Lotto Mons Expo, alors qu’elle épluche toute la mémoire du lieu investi par les religieuses et dépouille, lettre après lettre, leurs correspondances, elle tombe sur une missive qui décrit point par point l’ostensoir appartenant à l’ordre de la Visitation. Et comme elle recherche aussi des objets pour alimenter l’expo “Entrez, c’est ouvert !“, elle consulte dans le même temps le catalogue de l’IRPA (qui répertorie une partie du patrimoine artistique et culturel de Belgique). Et qu’y découvre-t-elle, à votre avis ? Une notice détaillant, trait pour trait, la description d’un ostensoir qui ressemble étrangement à celui des Visitandines, et qui est conservé à quelques kilomètres de là, à Tournai.

Mais rien n’était moins sûr… il faut qu’elle voie ça de ses propres yeux pour en avoir le cœur net ! 

Jour des retrouvailles 

Tout excitée à l’idée de retrouver cet objet précieux, Aline embarque Pauline – historienne qui travaille encore actuellement sur l’expo en cours – direction Tournai ! C’est en inspectant attentivement la pièce que cette dernière découvre, dans un premier temps, que le poinçon correspond à celui d’un orfèvre montois. C’est en examinant ensuite la base de l’objet, avec toutes les précautions d’usage requises pour manipuler une pièce de collection, qu’elle tombe sur cette gravure “Appartenant aux religieuses de la Visitation à Mons, 1693”.

Cette fois… BINGO !

Nos expertes ont ainsi mis la main sur un trésor monumental qui illustre bien le faste de l’église d’antan. Il ne restait plus qu’à introduire une demande de prêt à l’Évêché de Tournai et le tour est joué !

 

 

Ne pas s’arrêter en si bon chemin…

Tout comme l’ostensoir des Visitandines, d’autres objets visibles dans le musée ont été retrouvés de manière assez cocasse. C’est le cas du reliquaire, coffret contenant plusieurs reliques (NDLR : fragment du corps d’un saint auquel on rend un culte) que vous pouvez observer sur les images de gauche et de droite, issues du Centre d’Histoire et d’Art Sacré en Hainaut (CHASHa). Et c’est aussi par hasard que nos historiennes-chercheuses ont mis la main dessus !

En effet, alors qu’elles misent sur un coffret à reliques “ordinaire”, finalement indisponible dans les collections, le CHASHa leur propose d’autres reliquaires très décorés… Et en zoomant sur la photo du catalogue, Pauline s’aperçoit que ces reliques appartiennent en réalité aux fondateurs de l’ordre de la Visitation ! INCROYABLE ! Cet objet, dilapidé du couvent de Mons, était bel et bien conservé comme patrimoine religieux dans le site de l’abbaye Notre-Dame de Bonne-Espérance… de bon augure, ça oui !

Vous voyez, le hasard fait parfois bien les choses mais le travail qui se cache derrière une expo est titanesque ! C’est une véritable chasse aux trésors légendaires qui n’est jamais finie. Des tableaux représentant les épisodes de la vie de Jeanne de Chantal “dorment” encore à la Collégiale Saint-Waudru… mais les restaurer en vue de les exposer prendrait des années tant ils sont immenses !