L’UDEMA à Mons : Quand les médiateurs redeviennent des enfants
Quitter la chaleur de Toliara pour le froid de Mons n’était pas seulement un voyage de 9 000 kilomètres. Pour l’équipe de l‘UDEMA (l’Université des Enfants de Madagascar), ce mois d’immersion en Belgique a été un retour aux sources de la curiosité. Récit d’une aventure où apprendre rime avec émerveillement.
Le choc du froid, l’étincelle du savoir
Tout commence par un vol de 11 heures et un accueil glacial… du moins, météorologiquement parlant. « Le froid nous a accueillies, même si les gens nous disaient qu’il faisait beau », s’amuse Fitahiana Deyrus, l’une des trois ambassadrices de l’UDEMA venues en mission.
Pour quelqu’un qui ne connaît pas l’UDEMA, le concept est simple : c’est un pont entre l’université et les enfants, à partir de 6 ans, de Madagascar pour rendre la science accessible, gratuite et surtout ludique. Mais avant de transmettre à Toliara, il fallait aller voir comment la flamme est entretenue à l’UMONS (Belgique), partenaire historique du projet.
De l’autre côté du miroir : redevenir public
La grande force de ce séjour à Mons et à Charleroi a été de permettre à l’équipe de changer de rôle. « Pour une fois, nous étions le public », raconte Fitahiana. « On nous regardait comme n’importe quel visiteur, aux côtés de personnes âgées, un dimanche matin (un peu trop tôt) lors de la visite du monastère où se trouve le MUMONS. Et comme des enfants, les yeux levés vers le ciel dans le planétarium, nous riions aux blagues des animateurs. »
Cette immersion a été un déclic pour Fluorida Razafimanirisoa : « Je me suis retrouvée dans la position des enfants : curieuse, surprise, émerveillée. Cela m’a permis de revenir avec une meilleure compréhension de la vulgarisation : comment expliquer simplement, comment capter l’attention. »
L’apprentissage est passé par des moments inattendus, comme ces parties de Katro (jeu traditionnel malgache) disputées par terre avec les stagiaires belges en partance pour Madagascar, avec les enfants de Charleroi lors de notre premier atelier pour l’UDEC (Université des Enfants à Charleroi), ou encore sur une table avec les visiteurs de notre stand lors du « Printemps des Sciences ». Cela prouve que le jeu est un langage universel de la transmission.
« Chacun envie l’autre » : une leçon d’humanité
Au-delà des méthodes pédagogiques, ce sont les échanges avec les petits montois et carolos qui ont marqué Anitah Benah, coordinatrice du projet. « Ce qui m’a émue, c’est de voir qu’ils avaient une grande culture générale. Même à propos de Madagascar : au-delà de la référence au dessin animé du même nom,ils savent que la vanille et les épices viennent de chez nous. »
« Mais ce qui m’a vraiment touchée, c’est le décalage des perceptions. Quand on leur raconte la réalité des enfants de pêcheurs malgaches, ces petits Belges répondent qu’ils sont « chanceux » de pouvoir fabriquer leurs propres jouets et de jouer sur la plage toute la journée. Cela m’a interpellée. Les enfants de Madagascar diront exactement l’inverse : que les petits Belges sont chanceux d’aller au musée, à l’école, d’avoir l’eau et l’électricité. Comme quoi, chacun envie l’autre, et l’UDEMA est là pour construire le pont entre ces deux mondes. »
Construire l’avenir : de Mons à Toliara
Ce mois intense, rythmé par les visites, les formations, les conférences, les ateliers et le stand pendant le “Printemps des Sciences”, n’était pas un simple voyage d’études. C’était la préparation de la prochaine étape majeure : la création de l’Espace du Savoir à Madagascar.
« À Madagascar, nous n’avons pas beaucoup de musées », confie Fitahiana. « En entrant dans le premier musée à Mons, j’avais les yeux brillants, presque remplis de larmes. Pourquoi n’avons-nous pas cela chez nous ? »
C’est là tout l’enjeu du retour à Madagascar. L’UDEMA ne rentre pas avec un modèle copié-collé, mais avec une vision transformée. L’objectif est clair : adapter ces outils incroyables aux réalités locales. « Aujourd’hui, mon rêve est de faire naître dans les yeux des enfants malgaches cette petite étincelle qui dit que « tout est possible ». L’UDEMA, c’est ma passerelle. Je ne remercierai jamais assez mes mentors, Alexia et Guillaume, d’avoir permis à la petite Anitah que j’étais de commencer à réaliser ce fragment de rêve. » L’espoir est que chaque enfant malgache, qu’il soit fils de paysan ou de pêcheur, puisse, lui aussi, avoir cette étincelle en découvrant que la science lui appartient.
Témoignages
Fitahiana
L’UDEMA : éveiller la curiosité
“Si un jour on m’avait dit que j’allais apprendre avec des enfants à travers de nombreuses activités, et même jouer au katro sur une table (y compris avec des adultes !), j’aurais répondu que c’était impossible. Mais à Madagascar, on nous apprend à ne jamais dire jamais… et j’y ai cru.
Le jour où l’on m’a parlé pour la première fois de la vulgarisation scientifique, je suis tombée amoureuse (surtout de Pint of science). À Madagascar, on en fait un peu, même si cela reste encore assez basique, et très différent de ce que nous avons découvert à Mons et à Charleroi.
Pour une fois, nous étions le public. On ne nous voyait pas comme des étudiantes en formation. On nous regardait comme n’importe quel visiteur, aux côtés de personnes âgées, un dimanche matin (un peu trop tôt), lors de la visite du monastère où se trouve le MUMONS. Nous étions comme des enfants, les yeux levés vers le ciel dans le planétarium, riant aux petites blagues des animateurs. À chaque activité, j’oubliais un peu que j’étais là pour apprendre. J’étais simplement là pour découvrir et m’amuser.
Découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture et de nouvelles habitudes m’a aussi un peu effrayée. Tout est nouveau, tout est génial, tout semble spécial. Le froid nous a accueillies, même si la plupart des gens nous disaient qu’il faisait beau et que nous avions de la chance. Nos téléphones étaient remplis d’un agenda chargé. Habituellement, je n’y note que les anniversaires… mais cette fois, tout un mois était planifié.
Au début, je me suis demandé : comment vais-je m’adapter à ce nouveau monde avec trois à quatre activités par jour, souvent suivies d’une conférence le soir ? Cela semblait intense.
Puis est venu le premier dimanche, avec la visite des musées. Après un vol de 11 heures la veille, je me suis dit : « Je n’y arriverai jamais. » Pourtant, dès que je suis entrée dans le premier musée, ma fatigue et le froid sont restés derrière la porte. Si quelqu’un m’avait filmée, on m’aurait vue la bouche ouverte, les yeux brillants, presque remplis de larmes. J’y étais. Ce n’était pas un rêve.
C’est là que les formations ont réellement commencé.
À Madagascar, nous n’avons pas beaucoup de musées. J’en avais une image idéalisée… et en même temps, une question persistait : pourquoi nous, nous n’avons pas cela ?”
DEYRUS Fitahiana Fehizoro
Anitha
Carnet de bord : Ce que je ramène de Mons
Petite liste de mes « chocs » Madagascar – Mons :
Le climat : Je supporte le froid du début du printemps montois.
Le lexique : Je sais maintenant dire oui à la belge : « Non, peut-être ».
Les saveurs : J’ai découvert que j’aime les bières, surtout les fruitées.
Le folklore : Ici, le « Doudou » est un dragon. Mon poil de Doudou est tombé, j’ai oublié ce que j’avais fait comme vœu. Zut.
La gastronomie, manger, mangerrrrr. Les boulets à la Liégeoise et la soupe à l’oignon sont mes plats coups de cœur.
L’organisation : Je suis amoureuse de la gestion des musées de Mons. Cette identité visuelle commune sur les billets, cette rigueur parce que ce sont des musées publics… ça m’inspire.
La passion : Au MUMONS, j’ai rencontré des gens habités par leur mission.
La patience : Apprendre qu’avant d’être une équipe de 26 personnes, le MUMONS a mis 20 ans à se construire… ça me rassure pour l’UDEMA. Rien ne presse. L’important, c’est que la flamme de l’équipe soit là et que nos valeurs soient communes.
L’identité : Ce petit qui, au goûter, demande des gaufres « parce qu’il est un vrai Belge ». Ça m’a marquée.
La reconnaissance : On apprend que tout n’est pas parfait dès le début, mais qu’il faut savoir fêter ses petites victoires.
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Regards croisés : L’envie est réciproque
En discutant avec les enfants montois et carolos, j’ai vu qu’ils avaient une grosse culture générale. Même à propos de Madagascar : au-delà de la référence au dessin animé du même nom, ils savent que la vanille et les épices viennent de chez nous.
Mais ce qui m’a vraiment émue, c’est le décalage des perceptions. Quand on leur raconte la réalité des enfants de pêcheurs malgaches, ces petits Belges répondent qu’ils sont « chanceux » de pouvoir fabriquer leurs propres jouets et de jouer sur la plage toute la journée. Ça m’a interpellée. Les enfants de Madagascar diront exactement l’inverse : que les petits Belges sont chanceux d’aller au musée, à l’école, d’avoir l’eau et l’électricité. Comme quoi, chacun envie l’autre.
L’UDEMA : Ma passerelle
Grâce à ce séjour, j’ai réalisé qu’enfant, j’étais privilégiée. Par rapport à la majorité des enfants malgaches, j’avais une enfance plus proche de ce que j’ai vu à Charleroi que de ce qu’on voit à Toliara. Certes, il n’y avait pas de musées ni d’activités extrascolaires scientifiques, mais j’avais des parents présents.
Ils ont tout fait pour éveiller ma curiosité : les BD scientifiques, les documentaires, les débats philosophiques au coin du feu… c’étaient leurs outils. Leur rêve, c’était que leur fille réussisse ses études, soit heureuse, mais qu’elle soit aussi un miroir pour ses deux petits frères.
Aujourd’hui, mon rêve de femme, c’est de faire naître dans les yeux des enfants malgaches cette petite étincelle qui dit que « tout est possible ». L’UDEMA, c’est ma passerelle. Je ne remercierai jamais assez mes mentors, Alexia et Guillaume, d’avoir permis à la petite Anitah que j’étais de commencer à réaliser ce fragment de rêve.
Fluorida
Depuis toujours, j’ai aimé partager. L’éducation des enfants, surtout de manière ludique, m’a toujours attirée, et j’étais déjà impliquée dans ce type d’activités. Mais cette expérience a été un véritable tournant. Elle m’a permis de revenir chez moi avec plus de connaissances, plus d’outils, et surtout une meilleure compréhension de la vulgarisation scientifique.
Comment expliquer simplement, comment capter l’attention, et comment transmettre efficacement.
En Belgique, j’ai découvert une autre manière d’apprendre. À travers les musées, les ateliers et les échanges, je me suis retrouvée dans la position des enfants : curieuse, surprise, émerveillée.
Aujourd’hui, je reviens plus forte, avec une nouvelle vision. Et surtout, avec l’envie de transmettre à mon tour cette façon d’apprendre, plus vivante, plus accessible… et plus humaine.