Les Montoises à toutes les échelles #partie2

À l’échelle de l’Université

Hier, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons sillonné les rues de Mons à la découverte de personnalités féminines importantes. Entrons à présent au cœur de l’Université de Mons et de son Histoire, afin de mettre en lumière les femmes illustres qui ont su affronter les préjugés de leur époque.

La première femme à enseigner à la future Faculté Warocqué d’Économie et de Gestion de l’Université de Mons

Marinette Bruwier est née à Mons en 1922. Âgée aujourd’hui de 99 ans, son parcours professionnel fut riche, admirable et à l’image de ses engagements personnels et de son ouverture sur le monde.

Après avoir terminé ses études d’histoire à l’Université de Liège et obtenu son doctorat en 1951, avec une thèse intitulée : “Le domaine des comtes de Hainaut du début du Xe à la fin du XIIIe siècle”, elle devient archiviste au Crédit Communal de Mons de 1958 à 1963. Médiéviste de formation, ce poste d’archiviste l’amène naturellement à l’étude de réalités plus récentes : l’industrialisation en Belgique au XIXe siècle. Elle analyse la Révolution industrielle en Belgique, principalement dans le Hainaut, de la naissance, à l’essor et au déclin d’un bassin industriel. Elle contribue aussi, avec ses collègues Anne Meurant et Christiane Piérard, au sauvetage du Grand Hornu, complexe industriel de charbonnage le plus important de Wallonie. Celui-ci accueille aujourd’hui le Musée des Arts Contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MAC’s).

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Animée par l’amour de sa région, elle aura été à deux moments-clés l’historienne par excellence de la province du Hainaut :

  • d’abord quand s’affirme la principauté territoriale au Moyen-Âge,
  • et plus tard, durant les décennies du triomphe de la mécanisation.

De 1963 à 1987, elle renforce son attrait pour l’histoire contemporaine lorsqu’elle devient professeur en sciences économiques à la future Faculté Warocqué d’Économie et de Gestion de l’UMONS. Marinette Bruwier devient ainsi la première femme à professer au sein de l’institution. Elle raconte souvent une anecdote liée à son premier cours. Sur le tableau noir, une inscription peu révérencieuse : « Marinette au bordel ! » attendait cette femme déterminée, exigeante et au fort tempérament. Une forte personnalité qui fit plus tard sa réputation auprès des étudiants, tout en lui permettant de réussir et de faire sa place parmi les hommes. Elle jouera effectivement un rôle important dans l’administration de l’Université :

  • De 1971 à 1983, elle est membre – et seule femme – au conseil d’administration de l’Université de l’État de Mons ;
  • De 1974 à 1978, elle devient d’abord doyenne à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de l’État de Mons ;
  • Puis, de 1977 à 1981, elle devient vice-rectrice de l’Université de l’État de Mons. Il se pourrait qu’elle ait été la première femme vice-rectrice en Belgique.

Enfin, en dehors de son métier d’historienne, d’archiviste ou de professeure, Marinette Bruwier s’est beaucoup intéressée à l’Histoire des femmes. Féministe convaincue, c’est une personne militante et très engagée dans la vie. Elle a d’ailleurs réalisé quelques écrits sur le sujet, tels que “Le socialisme et les femmes. 1885-1985 : du parti ouvrier belge au parti socialiste”, “La Révolution française et les femmes” paru dans les Cahiers de Clio, ou encore “Le droit à l’éducation. Un homme sur deux est une femme : regard sur le féminisme international”.

Réception donnée par les professeurs de la Faculté économique à l’occasion de la visite d’Henri Janne, photographie, 21 avril 1965
(Marinette Bruwier est tout à droite sur la photo)

Les premières femmes diplômées de la Faculté Polytechnique de Mons

Zoom sur les portraits de Marcelle Yernaux et Marguerite Mathilde Rouneau, premières femmes diplômées de la Faculté Polytechnique de Mons.

Marcelle Yernaux est la fille de Jules Yernaux, directeur à l’époque de la Faculté Polytechnique de Mons. En juillet 1945, elle est la première femme diplômée ingénieure en électromécanique. Pourtant, la Faculté forme des ingénieurs depuis 1837 !

Son travail de fin d’études traitait des “Problèmes de l’électricité atmosphérique”. Cependant, après avoir été diplômée, elle suivit son mari aux États-Unis qui devait s’y installer pour des raisons professionnelles. Par conséquent, elle n’a pas donné suite à sa carrière de polytechnicienne.

La deuxième femme diplômée de la Faculté Polytechnique de Mons est Marguerite Mathilde Rouneau. Elle est diplômée ingénieure en électromécanique le 20 juillet 1946 et entre dans un laboratoire près de Bruxelles. Bien que diplômée avec grande distinction, certaines personnes la félicitent de son choix, sous-entendant qu’en restant dans le secteur de l’électromécanique en usine, cela aurait été compliqué « pour une femme » de donner des ordres à des ouvriers.

Heureusement, au cours des années, le nombre de femmes a augmenté au sein des diverses promotions de la Faculté Polytechnique de Mons. La Faculté a pu également assister de manière progressive à une féminisation du personnel académique et scientifique. Toutefois, selon un rapport sur l’état de l’égalité de genre, menée en 2019 par le groupe de réflexion Genre.S de l’Université de Mons, des inégalités femmes-hommes demeurent. Pour l’année académique 2018-2019, la répartition des inscriptions selon le genre par facultés, indique que 594 hommes sont inscrits à la Faculté Polytechnique de Mons contre seulement 182 femmes.

Marguerite Mathilde Rouneau
Voici la première page de son rapport de stage dans l’entreprise Soudure électrique autogène (Arcos), à Bruxelles.
(Provenance de la photo : SAICOM – Sauvegarde des Archives Industrielles du Couchant de Mons)